Ce livre n’est pas un livre, c’est une exhortation. Un mal sourd, celui des exils, des déchirements, des déracinements, la douleur de ces destins croisés que porte en elle l’Algérie des années passées, dont le deuil est impossible.
    Petit garçon et adolescent, petit héros habillé d’un destin trop grand pour lui, Marco vit dans son quotidien les peurs et les angoisses suscitées par les « événements » d’Algérie.
    Loin des délires littéraires ou aberrations historiques, il se place au bord de la biographie romanesque dont les péripéties servent à inscrire le récit dans le courant de l’histoire de l’Algérie et qui dit comment une grande partie de la jeunesse algéroise s’est construite, entre ombres et lumières. La première victime d’une guerre, c’est la vérité et à l’heure où les médias conditionnent l’opinion générale, Marco trempe sa plume dans l'encre de la sincérité pour livrer un témoignage nu de toutes pollutions malsaines. Ce récit vient enrichir une mémoire collective destinée à être transmise utilement aux générations futures, avec l’envie de la perpétuer.
    Marco fait ses gammes sur l’Histoire, pour en éclairer les coulisses et en dénoncer les impostures. Verve lucide et décapante qui permet, justement, aux péripéties de batifoler dans le récit. Avec sa manière de débusquer les démons sous les cendres d’une époque où la nuit tombe, il écrit avec les restes des siens, ce grand peuple d’Algérie : les Kabyles, les « Pieds-noirs » et les Arabes, si honteusement manipulés, si douloureusement éprouvés, si émouvants et combien attachants. C’est aussi une façon d’afficher la transparence du moment aux lecteurs - avec naïveté et sans prétention – chronique souriante, grave et pétillante, qui aime le verbe et s’amuse d’épigramme. Parfois, lorsque les Cagayous versent dans le noir ironique, ils se débrouillent toujours pour faire rire. Une façon d’atténuer la douleur du monde. Montrer l’ineffable grâce naturelle et sauvage de l’Algérie bleue pour mieux faire saillir l’horreur de son sort. Le petit bout de la lorgnette se veut attachant et familier, pour mieux happer l’individu dans sa complexité.
    Mettez-y les yeux.

Recueil de 120 poèmes

Automne à Cailhau

L'horizon se retire dans les arbres rouillés
Les bêtes et les gens sont en apesanteur
Au pic du clocher vert, flamboie un autre été
Un autre firmament, avec d'autres couleurs

Le charme et la langueur ont jonché les chemins
Sur les herbes anciennes s'est posé le vermeil
Et les pétales invoquent la rosée des matins
Souvenir des printemps emperlés de soleil

Les esprits sont fanés, submergés de brouillard
Les lumières sont grises, les nuées poivre et sel
Une fourmi patauge au fond de son terroir
La vie a suspendu tout ce qu'elle attend d'elle

La brise des coteaux m'apporte le silence
Riche de mille bruits et d'odeurs misérables
Elle gémit piètrement, oublie qu'elle fut romance
Emouvante et flétrie, loin de sa pétulance

Le couchant plus hâtif rend tous les cieux confus
Jusqu'à déboussoler les plus tardives roses
Mais le matin nouveau offre d'autres vertus
A mes yeux délivrés de la beauté des choses

Recueil de 120 poèmes

Errements

Et si je laissais faire, le hasard se vautrer
Dans l'ombre des journées où le néant oscille
Et si j'affranchissais mon âme emprisonnée
Quitter ma destinée, loin des automobiles

Et si je me drapais dans un manteau d'envies
Echappant au contrôle, aux panoplies anciennes
Et si je disais que... rien n'est jamais fini
Qu'on peut tout chambarder, enfin, briser ses chaînes

Et si je retrouvais les pierres de nos murmures
Les beaux rêves assouvis des ruelles secrètes
Et si les yeux des chiens, ceux qui rasent les murs
M'indiquaient le chemin des mythiques cachettes

Et si je m'en allais par un ru, sans rien dire
Et me la coulais douce dans une mer quelconque
Et si je m'amarrais au ponton des délires
Noyé dans les frimas, les brouillards et les jonques

Et si je vous disais que ma page au long cours
A des histoires à suivre et des nuits féériques
Et si je vous disais : j'écris de nouveaux jours...
De truculents orages, des séismes magiques

J'avais le désir d'écrire ce livre et m'y suis préparé longtemps avant, mais je n'en ai pas seul rassemblé la matière. Cet ouvrage qui se nourrit essentiellement de témoignages, est issu d'une véritable gestation collective.
   Un homme, Michel Pawlak, Marthe son épouse, leur fils Joseph, ont tous trois côtoyé et par conséquent vécu auprès d'Achille Laugé, de 1930 jusqu'à sa mort en 1944. Au fil du temps, j'ai, au gré des témoignages rapportés, glané et noté une multitude de faits et anecdotes concernant les quinze dernières années de la vie du maître.
   Mon épouse Jeanne, fille de Marthe, est née à «  l'Alouette  » la maison d'Achille Laugé. Elle qui connaît parfaitement les lieux et le contexte ambiant, m'a également aidé dans cette entreprise. J'associe également Anny Laugé, l'arrière petite fille du peintre, qui a rapporté des souvenirs transmis par ses grands-tantes Jeanne et Juliette, mais aussi par son grand-père Pierre Laugé, ainsi que son père Jacques.
  A l'heure où j'écris ces lignes, Marthe est encore en vie. La doyenne de Cailhau a 103 ans. Elle et son fils Joseph me parlent toujours du peintre avec affection et exaltation.

                                                                 Mario Ferrisi

Recueil de 150 poèmes

Laugé

Un air de vent d'autan qui diffuse sa plainte
Qui tout en tournoyant couvre un bout de son cœur
Le souffle de Laugé qui pousse sa complainte
Un pinceau érigé qui lui crie sa fureur

Ce plaisir sous les yeux lorsque sa main chamboule
Les couleurs d’un tableau, d’un monde qui s’écoule
Les formes qu'il retrace, des herbages, des taillis
A quoi bon le nier  ? tout cela, c’est bien lui !

Ces sites qu'il décrit comme on fait une esclandre
Ces tableaux inédits qu'il finira par vendre
Ces touches farfelues, ces délires enchantés
Ces révoltes exquises et ces chemins hantés

Ces ombres qui cheminent au pied des grands feuillus
Ces genêts qui dominent dans le tohu-bohu
Ces armes qui s’affûtent au fond de son jardin
Ces larmes qui chahutent et brouillent son destin

Et toujours les couleurs qui sacrent sa journée
Et toujours le soupir d’un pinceau carminé
Et toujours la nature éphémère, éternelle
Dont le charme invincible l’emporte et l’interpelle

Ce sont là ses frissons étranges et infinis
Ces gros maux incurables, dits en catimini
Des mots qui le transcendent en sublimant l’orage
Des flots de poésie qui submergent sa rage

Moi qui ai toujours puisé à la source de mon Maghreb natal, mon terreau romanesque, j’ai éprouvé une immense joie à écrire ce livre C’est à la demande de Mustapha KHADRI, le benjamin de la famille, que j’ai accepté de prêter ma plume à Aïcha, sa maman. Il s’agit d’un récit nourri de souvenirs algériens liés à son enfance et à sa jeunesse, mais également de tous les épisodes heureux ou malheureux qui ont suivi, en terre de France.
Cette vieille et belle mémoire traduit la familiarité sincère, ancestrale avec le pays de ses racines et l’exultation riche en résonances les plus diverses suscitées par la terre d’accueil. Pour le confort du lecteur, j’ai écrit cet ouvrage en utilisant des repères chronologiques et iconographiques qui constituent des jalons, des dates charnières. J’ai essayé de peindre tous les temps de cette vie riche en péripéties heureuses ou dramatiques en utilisant une palette de couleurs claires et joyeuses.

Mais l’on ne pouvait raconter cette histoire liée à Gouraya et au village de Cailhau, sans mentionner les deux autres grandes familles originaires de Larioudrenne qui sont venues enrichir la vie de ce territoire du Razès.Naturellement, cet ouvrage est aussi un hommage à tous les anciens harkis. Les strates qui composent la personnalité de ces exilés perpétuels ne se sont pas superposées. Elles se sont ajoutées. Il s’agit de la culture française qui est venue se poser à côté de la première, héritée pour la plupart de leurs origines berbères.     Encore un mot, concernant nos frères harkis : comme je l’ai toujours indiqué dans mes différents ouvrages et comme le pensent aujourd’hui des millions de Français, la France s’est mal comportée à leur égard, car les plus hautes autorités de l’Etat de cette époque ont entravé le véritable sauvetage des harkis. Ces hommes sont considérés, à juste titre, comme les combattants parmi les plus valeureux que notre pays ait jamais

J’ai toujours écrit le cœur battant, pour parler des autres, avec des mots brûlés, venant de l’intérieur. Ce sixième ouvrage, tout en étant l’accomplissement d’une existence motivée par la création, est l’expression d’une profonde passion pour les êtres de n’importe où, et les idées fortes, novatrices, majeures.
    Depuis des années, il m’arrive quotidiennement d’écouter les foules grâce aux flux d’informations, messages, nouvelles, échos et rumeurs les plus divers. C’est le tempo qui m’alimente et fait battre mon cœur.
    On peut tout mettre dans une fiction : des évènements d’Actualité ou que l’on a vécus, des sentiments cachés de son enfance et de son adolescence, des aventures purement imaginaires. Un puzzle fait d’intrigues qui mêlent destin, politique, amour, chagrin, rêves et mille autres choses que l’on porte sur ses épaules.
    Il y a dans cet ouvrage deux histoires. L’une est réelle et saisissante, l’autre est une parodie satirique et philosophique. D’abord pôles opposés, les deux histoires se croisent et se tressent jusqu’à la fusion.
    Mon désappointement politique m’a sans doute donné l’humeur qui m’a fait écrire cette saga imaginaire. Par ailleurs, subissant depuis un demi-siècle le manichéisme  de la vie politicienne et la médiocrité voire l’obsolescence  qui la caractérise parfois, l’écriture de ce roman constitue pour moi une petite compensation ponctuelle, tout juste satisfaisante.
    En attendant, je continue d’écouter le bruit de notre terre comme un instrument capteur, tout en rêvassant à des ultérieurs crédibles, probables. Bref, je me réfugie dans l’avenir en m’efforçant d’échapper à la désinformation, arme d’intoxication massive aux mains des 4eme et 5eme pouvoirs - Médias traditionnels et Internet -

Carcassonne, cinq juillet 2005.
    Lucie, c’est ma mère.
    Elle est venue en France du fin fond de son Maghreb natal, en 1962 et m’a mis au monde le six septembre de la même année, à Carcassonne.
    Je m’appelle Enzo Bartolini.
    Je cherche la paix et il fallait que j’écrive... renaître. J’ai du mal à accrocher le bonheur, le mien.
    Comme un navigateur plongé dans le désespoir, qui saurait qu’il n’y a plus de côte à accoster, je cherche encore... et encore. Mes yeux observent inlassablement cette lumière du ciel sans laquelle la mer serait noire et sombre comme un schiste humide.
    J’attends l’espérance de choses éminentes et la beauté de chaque matin. J’attends la vie même, celle qui va apparaître de dessous les feuillages ou qui va s’éveiller du fond du printemps. Je la chuchote au lieu de la vivre tout haut.
    Mes amis se comptent sur les doigts d’une main. Tous les autres sont des amis de légende, ils écrivent, peignent ou consignent leur musique. Ils sont d’aujourd’hui ou d’hier, d’ici ou d'ailleurs. De Canaletto à Caillebotte ou d’Utrillo à Achille Lauge, de Bach à Cabrel, de Camus à Emmanuel Roblès. A côté, je suis un grand merdeux, sans talent ni ambition. Je ne suis rien. Rien qu’un employé en informatique. Je crée avec d'autres, des logiciels de merde, pour domestiquer les cervelles du troisième millénaire.
    J’ai l’impression d’exister sans avoir vu le jour. Comme la mer ou les oiseaux, je suis sans pays natal. Peut-être suis-je né dans un ruisseau fangeux. C’est sans doute pour cela que je préfère le vin à l’eau, cependant j’ai constaté que l’alcool me rendait moins bête que l’ordinateur.
    Tout ce que j'accomplis me semble inutile. Mais qui a dit qu'il fallait que notre vie soit utile ? ou qu’il fallait obligatoirement en prendre soin ? Il m’arrive de besogner comme un malade pour pas grand chose, pour le plaisir et fumer comme un forcené, quitte à me carboniser les poumons.

Les lecteurs de  Lucie & Leila  retrouveront ici Enzo Bartolini, Leila, la petite Lucie, le papet Doménico et sa compagne Nora. Et tout le clan Enzo  : Khader, Nadia, le  petit Farid, Ahmed et Lahcène de Bordj-el-Kiffan.
     Non pas qu’il s’agisse d’une suite ou d’un épilogue lié à l’histoire vécue que je racontais il y a trois ans, mais ce que rapporte d'authentique et sûrement de bouleversant, le drame du couple Hernandez, ami des Bartolini.
    C’est l’histoire d’une crise qui se déroule en quelques semaines et qui s’enfonce profondément dans le passé tragique et le présent schizophrénique de l’Algérie.    
    Alors que la France est malade de l’Algérie, une vague patiente, déferle depuis près d’un demi-siècle au-dedans de ce grand corps malade qu’est l’ancienne colonie française.
    Faute de psychanalyse, ce pays est malade de son école, de son tourisme, de son université, de ses hôpitaux, de son pétrole, de son gaz, de sa violence, de son unique chaîne de télévision, des pénuries, des islamistes, de la répression, de son passé bouc-émissaire, de son Histoire, de ses dirigeants. Construire l’échec est la seule entreprise qui ait bien fonctionné depuis l’indépendance.
    Le peuple algérien est sous tutelle. Il n’a jamais eu d’autonomie intellectuelle. Après tous les ratés du pouvoir dans les domaines politique, économique et social, la solution consisterait, semble-t-il, en une alternative démocratique véritable qui déclencherait une nouvelle dynamique politique capable de redonner l’espoir. Les hommes et les femmes de grande valeur  que ce pays a enfantés (notamment les Kabyles) ont été mis sous éteignoir, en exil, assassinés ou écartés des postes de responsabilité. Et tous ces jeunes qui veulent eux aussi s’impliquer, que ce soit au niveau des institutions politiques ou dans d’autres domaines ? Quand pourront-ils prendre leur destinée en main, dans un pays où le pouvoir s’entête à vouloir faire du neuf avec du vieux ?

Yakouren est un village kabyle situé à huit cent soixante cinq mètres d’altitude, aux premiers contreforts du Djurdjura.
    Mes souvenirs d’enfance me ramènent aux excursions et aux colonies de vacances à Yakouren. Dieu que cette Algérie me colle à la peau ! C’est une union que l’existence a voulue indéfectible, une alliance viscérale, profondément charnelle. Mais je l’aime sans fougue, sans l’ardente aliénation du passionné. Bien qu’étant un enfant de ce merveilleux pays, je reste délibérément en deçà des relations confondues, savantes et analytiques prodiguées par les voyageurs épris ou les grands visiteurs illustres.
    D’histoire en histoire, les personnages de ce livre s’insèrent dans un vaste mouvement qui, des circonstances extérieures appelées à lancer l’intrigue, les ramène au centre d’eux-mêmes, au cœur de Yakouren. Je préciserais que l’arbre de Yakouren est une donnée essentielle qui agence la nature même de ce roman, son orientation générale, son atmosphère, sa turbulence. Une attirance clandestine me lie aux arbres, ces vieux courtisans. J'apprécie fébrilement leur vigueur et leur longévité, leurs secrets et leurs colorations. J’ai vainement cherché à percer leurs impénétrables secrets.
    J’aime l’Algérie parce que l’Algérie est aimée par les littérateurs. J’aime l’Algérie au point de rêver de pouvoir faire mon lit dans la langue des Amazighs. La familiarité sincère, ancestrale avec ce pays et l’exultation riche en résonances les plus diverses que je ressens, tentent de combler un vide affectif qui m’habite inéluctablement.
    Puisant toujours à la source de mon Maghreb natal, mon terreau romanesque, pour exprimer le difficile rapport à l'autre, je constate qu’un trouble intime perdure, comme une nébuleuse imprécise collée à ma tête.

Recueil de 140 poèmes

Juillet 1962

Elle a posé ses rires à côté des valises
Ses anciennes euphories au parfum de jasmin
Ses soirs de lassitude, ses actes d'insoumise
Ses bonheurs entrevus, ses hasards de chemin

Elle a glissé ses rêves, quelques instants secrets
Dans une boite grise, à côté de sa peine
La photo du Rummel, du bon vieux pont crossé
La lymphe effarouchée qui coule dans ses veines

Elle sait que la cité où vivaient ses soleils
Embrasera ses rêves, mettra son cœur en ruine
Colorera le ciel de bronze et de vermeil
Avant que ses sanglots n'implorent Constantine

Et ce soir elle la veille, la main sur ses bagages
C'est fou comme c'est cruel, comme le chagrin est lourd
Elle sait qu'à pas de loup, elle ira... en voyage
Réinventer l'été, sans espoir de retour...

C'est l'heure et elle se lève, l'âme enfouie dans ses doigts
Toute seule, en silence, elle gravît son calvaire
Elle passe un vieux chandail, fredonne « Vado via »
Elle retient un sanglot, son cœur est en hiver

 

Recueil de 230 poèmes inédits

 

Le vieux tilleul

Autour, c'est plein de vignes, des prés, un grand figuier
Plus loin un rideau d'arbres, des amandiers en fleurs
Le ru est rempli d'herbes, d'orties, tordues, frisées
Les joncs et les roseaux assiègent un saule pleureur

Sous les feuilles et les mousses, bouillonne un flot de terre
Sous les grands dômes d'ombre, naissent, tout énervées
Des pâquerettes douces enchâssées dans les pierres
Qui bordent les jonquilles et leurs crêtes dorées

Derrière la morne plaine, loin du réveil des blés
Aux abords des ronciers, des genêts ou des haies
Les chiens aux pieds brûlants, aux reins arque boutés
Roquets à gorge aiguë, cernent le sanglier

Lui, cherche à retrouver son ciel et son étoile
Raccommoder son corps et hisser la grand-voile
L'homme l'avait amputé, il y avait eu outrage
L'homme l'avait fait plier, tomber de son nuage

Le baume est revenu, c'est bien son jour de chance
Dedans, même les oiseaux, s'y sont remis d'avance
Et sous ses beaux ramages qui gardent des vents fous
On louera Aphrodite en pliant le genou

Recueil de 130 poèmes

Éternel poétique

Des odeurs de verdure, de thym, de bois diaprés
Des mots d’amour gravés sur l’écorce d’un frêne
Des faisceaux de dorure nappant des fruits pourprés
Des nymphéas posés sur l’eau d’une fontaine

Des ruisseaux qui dérobent leur onde douce-amère
Un papillon qui tremble et fuit devant l’oiseau
La truite qui nous snobe, espiègle sous l’ornière
Deux oisillons qui semblent s’agripper au berceau

Un faon qui batifole sur la verte prairie
Des genêts embaumés, confondant leur senteur
Des perdreaux qui s’envolent effrayés par le bruit
Devant les églantiers au parfum enchanteur

Des jeunes amoureux des reflets chatoyants
Exhalant des soupirs sous le chêne pompeux
Qui sacrifient leur âme au bonheur d’un instant
L’œil perdu, en délire, dans l’espace ombrageux

Le chant d’une cigale aux cymbales perçantes
Vibrant à l’unisson des brises frétillantes
Qui dédient, elles aussi, leur auguste cantique
Aux grands bois en sursis, friands de leur musique

Des horizons qui brûlent, des visions qui oscillent
Des regards enfumés, des centenaires vaincus
Des feux de canicule, une forêt qui grésille,
Des arbres consumés, une faune éperdue

Des herbes qui renaissent, imbibées de lumière
Criantes de promesses, laissant voir leurs bras verts
Qui s'en vont vers le ciel en signes tortueux
Regain providentiel et fécondé par Dieu

 

Recueil de 280 poèmes

Des mots

Je viens d’écrire encore des mots
Qui s’agitent autour de mon île
Ce sont des milliers d’arbrisseaux
Qui s’ébrouent comme des volatiles

J’ai la conscience d’un vieux poète
Qui a des rides à effacer
Des rimes, il en a plein la tête
Des pleurs, des rires à partager

J’ai tant d’histoires à raconter
Expliquer tous mes tatouages
Mes randonnées les yeux bandés
Le contenu de mes bagages

Dévoiler des secrets intimes
Quelques sublimes décadences
Mes grandes années millésimes
Mes rêveries et mes démences

Parler des mois de mai qui leurrent
Des étés brûlants qui chavirent
Des grisards goélands rieurs
Qui suivent les sillons des navires

Vous livrer des mots mystérieux
Des mots qui vont au pas de charge
Des mots qui font pleurer les yeux
Des mots qui corrigent à la marge

Je viens d’écrire encore des mots
Qui s’agitent autour de mon île
Ils partent parfois dans les flots
Rejoindre les rumeurs civiles