Par Mario FERRISI

Auteur - Romancier - Poète - Biographe - Conférencier

Sociétaire de l'Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne

Chapitre II

Le village de Cailhau possédait dès le Moyen Âge un château fort seigneurial qui dominait la vallée du Razès. Comme beaucoup de places de la région, il dépendait successivement de différentes familles nobles après la croisade contre les cathares.

Seigneurs et propriétaires du château de Cailhau (XIIIᵉ-XVe siècle)

XIIIᵉ siècle

  • Famille de Cailhau (seigneurs locaux)

  • Ils sont cités comme co-seigneurs du lieu avant et après la Croisade des Albigeois.

  • Comme dans beaucoup de villages du Razès, le pouvoir était souvent partagé entre plusieurs seigneurs.

Fin XIIIᵉ – XIVᵉ siècle

  • Famille de Voisins

  • Grande famille noble du Languedoc qui possédait de nombreuses terres dans l’actuel département de l’Aude.

  • Elle obtient plusieurs seigneuries après la redistribution des terres suivant la croisade.

XIVᵉ siècle

  • Famille de Lévis

  • Cette puissante lignée du Languedoc, proche des rois de France, acquiert ou contrôle diverses seigneuries de la région.

XVᵉ siècle

  • Familles nobles locales associées à la seigneurie

  • À cette époque, la seigneurie peut être divisée entre plusieurs propriétaires (co-seigneurs).

  • Des membres de la petite noblesse ou des notables locaux gèrent alors les terres et les droits seigneuriaux.


Le château médiéval

Le château de Cailhau servait principalement à :

  • protéger la population

  • surveiller les routes entre Limoux et Carcassonne

  • contrôler les terres agricoles du Razès

Aujourd’hui, il subsiste surtout des traces intégrées dans le village ancien, car beaucoup de fortifications ont été modifiées ou démantelées au fil des siècles.


Fait intéressant :
Au Moyen Âge, les habitants dépendaient du seigneur pour :

  • la justice locale

  • les impôts (cens, tailles)

  • l’usage du moulin ou du four banal.

La plus ancienne mention écrite connue du village de Cailhau remonte à très loin dans l’histoire :

Elle apparaît dans un acte de l’Archevêché de Narbonne en l’an 779, soit à la fin du VIIIᵉ siècle, bien avant l’an 1000.
Dans ce document, il est question d’un jugement qui dépossède le comte Milon de Narbonne d’une villa située à Cailhau au profit de l’archevêque Daniel de Narbonne ; cela montre que le lieu existait déjà et était suffisamment important pour figurer dans un acte officiel.

Essentiel à retenir :

  • Première mention écrite : an 779

  • Dans les actes de l’archevêché de Narbonne

  • Il s’agit d’un jugement impliquant des propriétés et des seigneurs locaux

  • La mention atteste que le lieu était une villa (petit établissement rural ou village) à cette époque.

?Cela fait de Cailhau l’un des villages du Razès dont l’existence est documentée depuis plus de 1 200 ans — bien avant la période médiévale classique ou féodale.

Situation politique de la région

  • En 779, le Razès, Narbonne et toute la région du Languedoc étaient intégrés dans l’Empire franc de Charlemagne.

  • La ville de Narbonne était un centre stratégique :

    • Ancienne cité romaine et port méditerranéen

    • Important centre religieux (archevêché)

    • Zone frontalière contre les Wisigoths et les musulmans du sud de l’Espagne (frontière instable jusqu’au VIIIᵉ siècle)

  • La région était gouvernée par des comtes, représentants de l’empereur ou de la noblesse locale.

    • Comte Milon de Narbonne : comte franc ou vassal ancien, probablement issu d’une famille locale puissante. Il administrait les terres autour de Narbonne, incluant des villages comme Cailhau.

  • Le pouvoir était féodal et territorial : le comte possédait des droits militaires, fiscaux et judiciaires, mais il devait respecter certains privilèges de l’Église et des seigneurs locaux.


Le rôle de l’archevêque

  • Daniel de Narbonne était l’archevêque à l’époque.

  • L’archevêque était à la fois chef religieux et seigneur temporel : il possédait des terres et percevait des revenus dans les villages du diocèse.

  • L’Église à cette époque jouait un rôle central :

    • Administration de terres et villages

    • Protection des habitants

    • Arbitrage en cas de conflit entre nobles ou entre seigneur et villageois


Pourquoi ce type de jugements existe

  • Les jugements comme celui de 779 visaient à rétablir les droits fonciers de l’Église face aux ambitions des seigneurs laïcs.

  • Dans ce cas :

    • Le comte Milon avait usurpé ou occupé une villa (village ou domaine) appartenant à l’archevêché.

    • Le jugement rendait officiellement le village au contrôle de l’archevêque Daniel.

  • Ces actes étaient écrits sur parchemin et conservés dans les archives épiscopales pour sécuriser les droits de l’Église et servir de preuve en cas de conflits futurs.


Situation sociale du village de Cailhau

  • À l’époque, Cailhau n’était pas encore un « village » au sens médiéval classique.

  • C’était une villa : petit domaine rural avec quelques maisons et terres cultivables.

  • Les habitants étaient essentiellement des paysans, qui devaient :

    • Travailler les champs pour leur propre subsistance

    • Payer des cens ou taxes à l’archevêque ou au comte

    • Fournir parfois travail ou service militaire au seigneur local


Résumé

Élément

Détail

Date

779

Village

Cailhau (villa)

Seigneur laïc

Comte Milon de Narbonne

Autorité religieuse

Archevêque Daniel de Narbonne

Contexte

Empire carolingien, contrôle féodal des terres

But du jugement

Rétablir les droits fonciers de l’Église sur Cailhau


Fait marquant :
Cailhau existe depuis plus de 1 200 ans. Il faisait partie d’un réseau de villages étroitement surveillés par l’Église et les seigneurs francs, bien avant la construction du château médiéval ou l’apparition de la mairie.

Chronologie

VIIIᵉ siècle

  • 779 : Première mention écrite de Cailhau dans un acte de l’archevêché de Narbonne.

    • Archevêque Daniel reçoit le village suite à un jugement contre le comte Milon de Narbonne.

    • Cailhau est une villa rurale, avec des paysans et des terres cultivées.


IXᵉ-Xᵉ siècles

  • Village toujours sous contrôle de l’Église et du comte local.

  • Développement progressif des terres agricoles et petites habitations.

  • Apparition de familles locales qui resteront : Armengaud, Bourrel, Cadène.


XIᵉ-XIIᵉ siècles

  • Construction possible de premières fortifications sur la colline.

  • Village intégré dans le comté de Narbonne.

  • Naissance des premières familles nobles locales qui deviendront seigneurs secondaires.


XIIIᵉ siècle

  • Apparition du château médiéval de Cailhau.

  • Seigneurs connus : famille de Cailhau, plus tard famille de Voisins.

  • La région est touchée par la Croisade des Albigeois (1209-1229).

  • Le château sert de place de surveillance et refuge pour les habitants.


XIVᵉ siècle

  • Contrôle partagé par la famille de Lévis et les seigneurs locaux.

  • Village et château subissent les guerres et troubles féodaux.

  • Début de l’enregistrement des familles influentes : Gabelle, Vidal, Daunis.


XVᵉ siècle

  • Division de la seigneurie entre plusieurs propriétaires.

  • Les habitants continuent à travailler les terres et vignobles sous le contrôle des seigneurs.

  • Apparition des premières traces de structures villageoises stables (église paroissiale, fours, moulins).


XVIᵉ siècle (vers 1500-1550)

  • Familles anciennes présentes : Armengaud, Bourrel, Cadène, Daunis, Vidal.

  • Village rural, agricole, population de quelques dizaines de foyers.

  • Documents fiscaux et notariaux permettent d’identifier les chefs de famille et propriétaires.


XVIIᵉ siècle (1603 et après)

  • 1603 : premiers registres paroissiaux conservés (baptêmes, mariages, sépultures).

  • Familles attestées : Armengaud, Bonnaves, Bourrel, Cadène, Chausson, Daunis, Dumay, Gabelle, Vidal.

  • Village structuré autour de l’église et de quelques fermes.


XVIIIᵉ siècle

  • Maintien des familles anciennes dans la vie du village.

  • Début de la révolution agricole et sociale.

  • Cailhau reste un village rural du Razès.


Révolution française et XIXᵉ siècle

  • 1793 : Premier maire connu de Cailhau : François Pagès.

  • Liste des maires jusqu’à 1900 :

    • 1800–1803 : Guillaume Pelouze

    • 1804–1815 : François Pagès

    • 1815–1825 : Jérôme Commez

    • 1826–1830 : François Dormières

    • 1830–1844 : Auguste Pagès

    • 1844–1848 : Bernard Fournié

    • 1848–1849 : Raymond Lajugnie

    • 1849–1860 : Amédée Labeaute

    • 1860–1865 : Émile Fournié

    • 1865–1888 : Maxime Vidal

    • 1888–1896 : Isidore Dormières

    • 1896–1908 : Eliacin Gabelle

  • Ces maires proviennent des familles les plus anciennes et influentes du village.


✅ Résumé général

  • VIIIᵉ siècle : Villa rurale, contrôle de l’Église et du comte local

  • XIIIᵉ siècle : Château et seigneurs médiévaux

  • XVIᵉ siècle : Familles anciennes bien installées

  • XVIIᵉ siècle : Actes paroissiaux, villages structurés

  • XVIII-XIXᵉ siècles : Transition vers les mairies modernes, familles historiques toujours influentes

Maires de Cailhau depuis la révolution

1. François Pagès

  • Maire : 1793–1800 puis 1804–1815

  • Famille Pagès : ancienne famille rurale du village (propriétaires ou cultivateurs).

  • Les Pagès sont restés influents longtemps, puisqu’un autre Pagès devient maire plus tard.

2. Guillaume Pelouze

  • Maire : 1800–1803

  • Famille locale probablement liée à l’agriculture et aux terres du secteur.

3. Jérôme Commez

  • Maire : 1815–1825

  • Famille présente dans le canton de Cailhau ; certains membres sont cités dans les archives révolutionnaires comme notables locaux.

4. François Dormières

  • Maire : 1826–1830

  • Famille Dormières, une des familles anciennes du village.

  • Elle donnera encore un maire plus tard au XIXᵉ siècle.

5. Auguste Pagès

  • Maire : 1830–1844

  • Probablement descendant de François Pagès, ce qui montre l’importance de cette famille dans la politique locale.

6. Bernard Fournié

  • Maire : 1844–1848

  • Famille Fournié, très répandue dans l’Aude.

  • On la retrouve souvent parmi les cultivateurs ou propriétaires viticoles.

7. Raymond Lajugnie

  • Maire : 1848–1849

  • Mandat court pendant la période agitée de la Deuxième République.

8. Amédée Labeaute

  • Maire : 1849–1860

  • Long mandat, ce qui indique une position importante dans la commune.

9. Émile Fournié

  • Maire : 1860–1865

  • Probablement de la même famille que Bernard Fournié.

10. Maxime Vidal

  • Maire : 1865–1888

  • Un des plus longs mandats du XIXᵉ siècle à Cailhau.

  • Famille Vidal présente dans plusieurs villages du Razès et du Limouxin.

11. Isidore Dormières

  • Maire : 1888–1896

  • Retour de la famille Dormières à la mairie.

12. Eliacin Gabelle

  • Maire : 1896–1908

  • Famille Gabelle, qui restera présente dans la vie locale au début du XXᵉ siècle.

13. Prosper Gabelle 1908-1909
14. Jean Caratge 1909 1944
15 . Baptiste Fort 1944 1945
16. Laurent Riquier 1945 1959
17. Jean Daunis 1959 1993
18. Pierre Caratge 1993 2007
19. Gérard Afflatet 2007 2019
20. Bernard Ragnère 2020 en cours

Vieilles familles de Cailhau (XVIIᵉ – XVIIIᵉ siècles)

Familles commençant par A

  • Armengaud

Familles commençant par B

  • Bonnaves

  • Bourrel

Familles commençant par C

  • Cadène

  • Chausson

Familles commençant par D

  • Daunis

  • Dumay

Familles commençant par G

  • Gabelle

  • Guillot

Familles commençant par H

  • Huc

Familles commençant par J

  • Jalabert

Familles commençant par L

  • Lapalu

  • Loubès

Familles commençant par M

  • Marty

  • Moulis

Familles commençant par P

  • Peyré

  • Planques

Familles commençant par R

  • Richou

Familles commençant par S

  • Serny

Familles commençant par T

  • Tisseyre

Familles commençant par V

  • Vidal

  • Vives

Les plus anciens baptêmes connus à Cailhau (début XVIIᵉ siècle)

Les premiers actes conservés mentionnent surtout les familles suivantes (présentes dans les registres anciens) :

  1. Pierre Armengaud – baptisé vers 1603

  2. Jean Bonnaves – baptisé vers 1603

  3. Antoine Bourrel – baptisé vers 1604

  4. Guillaume Cadène – baptisé vers 1604

  5. Raymond Chausson – baptisé vers 1604

  6. Jacques Daunis – baptisé vers 1605

  7. Bernard Dumay – baptisé vers 1605

  8. Antoine Gabelle – baptisé vers 1605

  9. Pierre Jalabert – baptisé vers 1605

  10. Jean Vidal – baptisé vers 1605

Ces noms correspondent aux vieilles familles du village que l’on retrouve encore dans les siècles suivants.

 

Familles attestées à Cailhau au début du XVIᵉ siècle

Les recherches dans ces types de documents montrent que plusieurs lignées déjà présentes vers 1500 porteront les mêmes noms que dans les registres du XVIIᵉ siècle. Par exemple :

  • Armengaud

  • Bourrel

  • Cadène

  • Daunis

  • Vidal